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mardi 19 novembre 2013

Il était une voix sur TrENSmission...


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La radio TrENSmission,  c'est la webradio des étudiants de l'ENS. Transdisciplinaire et ouverte, elle cherche à aller au delà des murs de l'Ecole Normale Sup.
Cette année une nouvelle émission est lancée sur les ondes ;  "Il était une voix".

lundi 18 novembre 2013

Trouver sa voix

 Certains se sentent bien dans une église comme Paul Claudel, d'autres sur la route comme Poulidor, d'autres enfin dans une cabine de commentateurs comme notre ami Nelson Monfort.

Moi, je me sens à l'aise dans une bibliothèque, parmi les livres, les regards studieux ou passionnés, le plissement des pages qui défilent sur les doigts d'une main comme un voyageur sur un tapis roulant. Dans une bibliothèque normalement constituée, il règne un silence foisonnant, habité de bruits intérieurs, incarné de traits d'esprits et de bons mots qui ricochent comme des feux feuillets.

Desports et des littératures, entretien avec Adrien Bosc


 Avec la revue Desports, apparue comme un ovni dans les librairies début 2013, Adrien Bosc vient nous rappeler que sport et littérature font plutôt bon ménage...
Où l'on réalise que notre tendance à cloisonner les différents champs par snobisme ou ignorance nous font manquer les rencontres les plus enrichissantes.
Inutile de dire que nous sommes emballés, et si avec la soirée Athlettres de cette 5e édition, notre adhésion n'est plus à démontrer, on avait envie d'aller voir plus avant !
Interview donc avec Adrien Bosc, fondateur de la revue Desports.


vendredi 15 novembre 2013

93.9 FM, le rythme du Paris étudiant


Radio Campus Paris, qui fête cette année ses 15 ans sur le 93.9 FM, rassemble de nombreux bénévoles qui animent de 17h30 à 5h30 - et sans publicité - de nombreuses émissions centrées sur la musique, le cinéma, la littérature, la culture geek... Promotrice des cultures en devenir, Radio Campus Paris et son studio mobile arpentent la capitale et sa banlieue pour faire résonner la voix étudiante sur tous les fronts.

mardi 12 novembre 2013

Dans les coulisses du journalisme d'investigation : Matthieu Aron et les grandes plaidoiries



Matthieu Aron est directeur de la Rédaction de France Inter depuis mai 2011. Il a exercé en tant que journaliste reporter pendant plusieurs années; il a notamment assuré la couverture médiatique de quelques grandes enquêtes, comme le scandale d'Elf ou le procès de Maurice Papon. Passionné par les grands procès, il a rédigé un ouvrage sur Les grandes plaidoiries des ténors du barreau (Ed. Jacob-Duvernet), et c'est à son talent de connaisseur que Les Livreurs ont fait appel en l'invitant à la soirée "Plaidoiries Imaginaires" du festival, au cours de laquelle il commentera les textes lus et remettra le prix du meilleur plaidoyer au lauréat du Prix shortEdition - Livres en Tête 2013.

Il décrypte ici les facettes d'un métier aussi palpitant qu'éprouvant: journaliste chargé de la rubrique judiciaire.

mercredi 30 octobre 2013

La littérature érotique à l'honneur lors du festival : Interview d'Irina, une blogueuse pas comme les autres...

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Proposer des récits érotiques de qualité, dans un design classe et élégant, tel est l'objectif de www.nouvelles-érotiques.fr, partenaire du festival Livres en Tête 2013.


Pour Irina du Bois Sainte Marie, l'auteure du site, "l’érotisme semble indissociable de l’esthétisme", c'est pourquoi elle fait de Nouvelles Erotiques "une expérience sensuelle à tous les niveaux (le design du site, les récits, les illustrations)"; il n'est donc pas étonnant qu'elle soutienne la soirée Sonore et Gomorrhe du festival, expérience de lecture érotique d'un genre particulier, collective et entrecoupée de moments de danse qui répondront aux instants plus intenses - mais aussi très drôles, comme le sont généralement les bons textes de charme* - pendant lesquels nos lecteurs feront vibrer ces textes que vous ne pensiez lire qu'en toute intimité..

Découvrez ici le point de vue de cette blogueuse, qui livre son opinion sur les objets de la littérature érotique, et qui vous en dira un peu plus les fantasmes inavoués de ses lecteurs...


mardi 29 octobre 2013

On a interviewé Ollivier Pourriol, juré de la «Dégustation littéraire»


Ollivier Pourriol, philosophe et écrivain, sera un des membres du jury lors de la « Dégustation littéraire » du festival, qui aura lieu le 26 novembre.



Nous avons réalisé l’interview téléphonique de ce néophyte de la lecture à haute voix pour questionner les motivations de sa participation. Et nous avons dû admettre rapidement que, loin de mener l’interview, l’équipe de Livres en Tête s’est laissée déstabiliser par ses réponses parfois déroutantes…  

vendredi 25 octobre 2013

Un défi contemporain : la promotion du livre audio en France, interview de Cecile Palusinski

 

La Plume de Paon se fait depuis plusieurs années la voix de la promotion du livre audio en France et confirme une nouvelle tendance: le livre audio se montre de plus en présent sur la scène littéraire, même s'il reste encore bien des efforts à mener afin de bouleverser l'image attachée à cet objet, trop souvent assimilé au public jeunesse ou malvoyant.

vendredi 18 octobre 2013

Anna Polina dévoile sa conception de la littérature érotique

Il y a quelques semaines, nous vous présentions la marraine de la soirée érotique du festival Livres en Tête 2013.

Nos avons eu le plaisir de rencontrer Anna Polina, actrice X et égérie Dorcel pendant deux ans, venue  nous parler du lien ténu entre la littérature érotique et les films X.

Dans cette interview, elle se livre en toute intimité: quelles différences entre le plaisir procuré par le film X et l'acte de lecture? De quels codes narratifs répond le porno? Les écrivains peuvent-ils être bons au lit?

jeudi 17 octobre 2013

Retrospective: Bernard Pivot et Katsuni soutiennent la littérature érotique




Il y a quelques temps, nous vous présentions les nouveaux invités de la 5e édition du festival Livres en Tête. Tout ce sang neuf nous pousse à nous rappeler ceux qui sont passés et ont fait naître de grands moments ! 

Parmi les duos les plus mémorables, rappelons-nous de celui formé par Bernard Pivot et Katsuni,  parrain et marraine de l'édition 2012, et qui n'a pas manqué de surprendre le public... ainsi que le Directeur de la communication de Livres en Tête qui se souvient avec émotion de ce couple décalé!

vendredi 11 octobre 2013

Et nos invités seront...


Le festival accueillera cette année de nombreux invités de prestige ! Qu'ils viennent du monde de la musique, du monde littéraire, sportif, ou du X, découvrez qui sont les personnalités qui  seront présentes cette année !

Et ne manquez pas la petite surprise que nous vous avons réservée à 1:12...


lundi 30 septembre 2013

Olivier Carpentier, Sommelier Sonore... (deuxième partie) Quel avenir pour le livre audio en France?


La semaine dernière nous avons publié la première partie de l'interview d'Olivier Carpentier, directeur du site internet Book d'Oreille partenaire de la 5e édition du Festival. 

Nous vous livrons aujourd'hui la deuxième partie de cette interview dans laquelle Olivier Carpentier nous nous parle du livre audio et de son avenir, ainsi que de sa vision de la lecture à voix haute...


jeudi 26 septembre 2013

Olivier Carpentier, Sommelier Sonore... (première partie)

Nous vous annoncions la semaine dernière la rediffusion live de la soirée Plaidoiries Imaginaires, organisée par Book d'Oreille, site dédié à la promotion et à la vente de livres audio en langue française…
Olivier Carpentier,  directeur du site, fera également cette année la sélection des textes à goûter et à critiquer pour la soirée Dégustation Littéraire du 26 novembre.
Nous avons donc choisi de vous présenter ce connaisseur et de le faire parler de son projet et de sa vision du livre audio à travers une interview dont nous publions la première partie aujourd'hui…

mercredi 14 novembre 2012

Rencontre avec l'Oulipien Hervé Le Tellier


Homme aux multiples casquettes, Hervé Le Tellier est un oulipien très occupé! Entre ses cours dejournalisme et ateliers d'écriture, sa participation à l'émission de France Culture "Des Papous dans la tête", et bien sûr ses romans, nouvelles, poèmes et pièces de théâtre (pour ne citer que ça), l'auteur-mathématicien de Les Amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable est un homme difficile à attraper. Cependant, pour Livres en tête, Hervé Le Tellier a accepté de se poser le temps d'une soirée "bestiale" au Réfectoire des Cordeliers! A cette occasion nous avons rencontré cet oiseau sur la branche afin d'en savoir un peu plus sur son rapport à la littérature et ce qui la compose, partant de l'oralité et allant jusqu'à nos amis les animaux (en passant du coq à l'âne). 



Membre de l’Oulipo depuis 1992, vous exercez une écriture en permanente recherche sur elle-même, recherche qui passe par la contrainte bien sur, mais aussi par l’ouverture à d’autre disciplines, artistiques ou non, comme les mathématiques par exemple.
Quelle est votre relation avec la littérature ? S’inscrit-elle dans la ligne directrice de l’Oulipo ou est-elle indépendante ?
S’il y a une ligne à l’Oulipo, disons qu’elle est plutôt sinueuse, et aussi diverse qu’il y a d’Oulipiens, de Calvino à Roubaud. Mais tous ont un goût certain pour la forme et pour le jeu, et ce goût que je partage avec eux justifie sans doute ma cooptation au sein du groupe. J’ai toujours considéré la contrainte comme un principe qui permet de tenir à distance la banalité du premier jet, et d’écrire un texte à la fois sien et qui pourtant surprenne. Par ailleurs, j’ai été autrefois mathématicien (pas de bien haut niveau). Mais la mathématique dont font usage les oulipiens pour construire leurs labyrinthes n’est guère complexe.
Vous créez une certaine complicité avec vos lecteurs à travers notamment des jeux de langages et des références communes. Pensez-vous que la lecture n’est pas une discipline personnelle et intime comme on a tendance à le croire aujourd’hui mais un échange entre l’auteur et le lecteur, évidemment, mais aussi entre les lecteurs ?
Il n’y a pas, je crois, de contradiction, entre intimité et complicité. Chaque lecteur lit évidemment seul, donne tel visage à tel personnage, tel bleu à tel ciel. Mais tout écrivain compose son œuvre, poésie ou prose, pour qu’elle soit lue comme lui veut qu’elle le soit : on organise ses chapitres, ses retours à la ligne, la musique des phrases. Dans les textes oulipiens, la complicité porte sur un consentement commun. Si vous lisez un sonnet, vous êtes dans l’univers du sonnet, pris dans sa distance et sa mélodie. Si vous lisez la Disparition de Perec, ce roman écrit sans la lettre e, savoir la contrainte vous permet de lire non seulement le texte, mais le « sous-texte », les évitements et le jeu de Perec avec la langue. Il y a un plaisir, une « intelligence » du texte, étymologiquement. Elle m’intéresse, mais on peut aussi écrire sans dévoiler une contrainte. Elle n’est alors là que pour vous, auteur, pour vous aider à quitter les sentiers battus. Le lecteur lit « naïvement », et c’est parfait
L’oralité occupe une place importante au sein de l’Oulipo et de votre écriture. En effet, au cours des « jeudi de l’Oulipo » les membres du groupe lisent à haute voix leurs textes ou ceux de leurs compères, écrits pour l’occasion ou non. Aussi, vous êtes l’auteur de plusieurs pièces de théâtre et de manière plus générale votre écriture est pleine de jeux de sonorités. Selon vous, quelle est la place de l’oralité dans la littérature ? Que pensez-vous de la lecture à voix haute ? Préférez-vous lire vous même vos textes ou vous entendre lu par quelqu’un d’autre ?
Qui dit littérature dit lettre, et donc page, espace, parfois silence. Un roman est fait pour être lu dans la solitude, même si Flaubert passait les siens au gueuloir. Mais l’Oulipo se situe, entre autres traditions, dans la lignée de celle des troubadours, donc d’une poésie orale. Il nous arrive souvent de produire du texte dans cette perspective de l’oralité, voire d’une certaine théâtralité. Aux Jeudis de l’Oulipo, séances mensuelles de lecture publiques à la BNF, nous lisons nos textes à haute voix, et certains, comme Jacques Jouet ou Olivier Salon, sont de remarquables lecteurs de leurs propres textes. Pour ma part, j’aime écouter d’autres lire mes textes, ou plutôt écouter mes textes dans la voix des autres, appropriés par d’autres. Ils lisent souvent avec un détachement que je ne sais avoir, ou au contraire avec une énergie que je n’oserais donner. C’est bien ainsi.
Vous participerez au festival Livres en tête pour la soirée « Bestiaire ». Vous vous êtes vous même intéressé au sujet dans votre recueil Les opossums célèbres, premier volume de la collection « Les mythographes » où, par le biais de mots-valise, vous associez diverses personnes célèbres à des animaux, associations parfois très inattendues ! Pourquoi cette association célébrités-animaux ? Quel est l’intérêt de la « figure animal » dans la littérature ? 
J’adorerais digresser, parler des monothéismes qui ont séparé l’homme du règne animal, mais disons simplement que l’animal est presque toujours dans la littérature une projection métaphorique de l’humain. Tout animal possède un imaginaire fantasmé, c’est le ressort de toute fable, et les textes des Opossums célèbres  s’approchent de cette forme. Ce petit livre est en fait le fruit, comme souvent à l’Oulipo, d’une émulation. Jacques Roubaud et Olivier Salon ont écrit les Sardinosaures, petits récits ou poésies mixant deux animaux, puis Paul Fournel a poursuivi avec les Animaux d’amour, qui mêlent un animal et une expression (comme le « lémurien à cirer »). Je m’y suis collé avec les hommes (et femmes) célèbres.



Hervé Le Tellier sera présent demain au Réfectoire des Cordeliers pour la soirée "Bestiaire" du festival Livres en tête où il viendra dédicacer quelques-unes de ses publications!  

vendredi 5 octobre 2012

Tête à tête avec l'auteur Denis Grozdanovitch

S’il ne fallait retenir que deux noms dans l’Histoire de la littérature, ce serait ceux de Denis Grozdanovitch et de Félix Libris. Le premier écrit, le second lit. Complémentaire me direz-vous ? Pas si sûr. Afin de mieux comprendre qui sont ces deux êtres hors du commun, Denis Grozdanovitch nous en dit un peu plus sur son rapport à la lecture à voix haute, à Félix, aux femmes et à son propre talent.
Rencontre.



Amis des Livreurs, vous avez participé à un atelier de lecture à haute voix. Après le tennis, le squash, le jeu de paume et l’écriture, une nouvelle vocation ?

C’est une question difficile... J’aimerais bien mais il faudrait que j’apprenne à lire... Je ne lis pas très bien, même si je suis obligé de le faire assez souvent car personne d’autre ne le fait quand je suis invité pour présenter mes livres. Du coup, je m’efforce de ne pas bafouiller, de ne pas buter, de ne pas manger les mots, mais j’ai du mal car je suis d’un tempérament émotif... Il faudrait que j’apprenne à me discipliner, à me calmer, car pour bien lire, il faut être assez calme, non ?
Cela dit, j’aimerais savoir mieux lire. Oui, vraiment, j’aimerais beaucoup... Je suis ébloui par les lecteurs, notamment par les Livreurs où il y a beaucoup de lecteurs talentueux, et j’adore aller à leurs lectures !
Je trouve que c’est tout à fait complémentaire de la littérature et je pense que cela devrait se développer beaucoup plus car ça ajoute quelque chose au texte. Comme je le dis souvent, lorsqu’on entend un de ses textes lus par un bon lecteur sonore, on découvre un tas d’intentions inconscientes qu’on y avait mis, comme le sous-entend l’expression « sans le savoir ». On découvre des choses sur ses textes et sur soi-même. C’est quelque chose de merveilleux, c’est mieux qu’une psychanalyse !  
 
Avez-vous eu la chance d’être lu par Félix Libris, star internationale de la lecture à voix haute ?

Oui j’ai eu cette chance et je peux vous dire que c’était pour moi une véritable consécration ! Vous pensez, être lu par une star internationale de la lecture telle que lui ! J’en avais les genoux qui tremblaient... Etre lu par Félix Libris c’est quand même le sommet d’une carrière d’écrivain, non ? En plus, il draine à lui une quantité invraisemblable de jolies admiratrices que vous avez ainsi la chance d’approcher. C’est donc un double privilège.

En effet, le succès de Félix Libris auprès des femmes est bien connu. Le jalousez-vous pour son aisance avec celles-ci ?

Ah, oui, évidemment ! Je sais que ce n’est pas un sentiment très noble, mais je suis extrêmement jaloux de Félix, de son aisance avec les femmes, alors que moi je suis toujours piteux, je m’embrouille, je trébuche, je bafouille et je me tord la cheville une fois sur deux quand je marche avec une jolie fille dans la rue… Alors vous voyez...Tout ça est terrible !
Cette aisance merveilleuse de Félix  auprès des femmes m’est inaccessible. Chaque fois que j’ai la chance de l’apercevoir, je l’admire mais, hélas, quand j’essaie de l’imiter, ça tombe à plat ! C’est absolument atroce...
Ainsi je ne vous le cache pas, Félix Libris est pour moi une humiliation vivante, permanente… Je suis ébloui par son talent, bien sûr, mais cette aisance, cette désinvolture, ce mépris qu’il a du succès est pour moi quelque chose de très douloureux et qui me renvoie à ma médiocre situation... voilà… je ne peux dire autre chose. Enfin, c’est comme ça. Certains ont des dons naturels et d’autres doivent ramer…

Cette aisance et ce charisme doivent mettre beaucoup de monde mal-à-l’aise ne pensez-vous pas ?

Ah, ça, oui… vous savez je pense qu’il a beaucoup d’ennemis !
Je n’en suis pas un, le sport m’a appris, même si c’est parfois très difficile, à être fair-play et j’essaie autant que possible (et comprenez que dans ce cas précis ce n’est vraiment pas facile) de reconnaître le talent des autres.
Je le jalouse donc en secret, je ne le lui montrerai jamais… Enfin… Comprenez bien que si je pouvais lui faire un mauvais coup en douce, je ne m’en priverais pas, mais comme généralement on se voit en public et qu’il faut quand même que je fasse bonne figure, je n’en ai jamais l’occasion. Mais je pense qu’il a intérêt à rester sur ses gardes parce que s’il arrive un jour que l’on se retrouve dans un endroit désert et sans témoin, je pense que là, oui… et en agissant ainsi, sachez tout de même que je serai le porte parole de pas mal d’autres mâles…
 
Nous parlons de Félix depuis tout à l’heure, mais il ne faut pas oublier que, sur l’échelle qualitative humaine, vous êtes juste en dessous de lui. Vous sentez-vous cependant comme quelqu’un de normal ?

Je ne vous le cache pas, dès mon plus jeune âge, je me suis considéré comme un vrai génie polyvalent. J’avais l’impression que personne ne m’arrivait à la cheville. C’est bien simple, je ne m’abaissais jamais à converser avec ceux dont le QI ne dépassait pas 172, disons qu’à la rigueur, je pouvais rétrograder jusqu’à 167 au cours d’un échange informel sur la pluie et le beau temps… mais pas en dessous ! Quelle horreur ! Aussi, vous pouvez penser le choc que ce fut pour moi de rencontrer Félix Libris qui, avec un QI manifestement très moyen (non ?), parvenait à me surpasser dans presque tous les domaines ! Atroce, insoutenable ! Mon orgueil en a pris un coup, croyez-moi ! Enfin, j’ai fini par me faire une raison et puis, par compensation, j’ai commencé à cultiver certains domaines d’excellence auxquels il ne pouvait avoir accès (du moins pour le moment…) : je collectionne les coquillages du sud-ouest de la côte d’Armor, j’élève des escargots de compétition pour les bookmakers chinois du 13ème arrondissement et je suis devenu champion du Morvan de manille coinchée (alors là, Félix, je te prends quand tu veux !) Cela dit, étant d’un naturel secrètement rancunier (je ne pratique le fair-play qu’en public), il faut qu’il sache qu’il a intérêt à ne pas se retrouver seul avec moi sur un petit sentier de campagne désert et sans témoins, que ce soit autour de Pouques-Lormes ou ailleurs…

Pensez-vous un jour dépasser Félix en le battant sur son propre terrain, celui de la lecture à haute voix ?

Bien entendu, vu qu’il est fort en presque tout et particulièrement dans la lecture sonore, je ne tenterai pas de rivaliser avec lui dans ses domaines d’excellence. Mon seul recours, afin de ne pas être humilié encore plus, est d’en user comme je vais vous dire : aussitôt que je suis seul à la maison et que je sais que personne ne peut m’entendre, je m’applique à massacrer un des textes qui font le succès de Félix, en le lisant de la façon que précisément il nous enseigne dans ses fameux cours de m… à ne pas faire. Au moins là, je me donne la satisfaction de ne pouvoir être rejoint par lui dans le pire… On a les compensations qu’on peut, voyez-vous… Bref vous l’avez compris Félix Libris a toujours été pour moi un problème existentiel majeur. Mais surtout ne lui en touchez pas un mot, car lui, il croit, ce gros naïf (oui, c’est son seul point faible…) que je suis son ami !





mercredi 3 octobre 2012

Interview exclusive de Katsuni, marraine du Prix Livres en tête


L'actrice X et blogueuse Katsuni sera présente le 17 novembre prochain au Bal à la page thème "Libertins" clotûrant le festival Livres en tête.
Forte d'une longue carrière dans l'industrie pornographique mais également passionnée des mots (voir son blog sur les Inrocks http://blogs.lesinrocks.com/katsuni/), elle nous explique aujourd'hui son enthousiasme pour cet évènement, et sa passion pour la littérature et l'érotisme.


Pourquoi avoir décidé de participer au festival Livres en tête, et d'être la marraine du concours de nouvelles libertines ?

C'est une joie pour moi de participer à un tel festival, la littérature est mon premier amour ! Avant de choisir le métier d'actrice X j'avais choisi d'étudier les Lettres Modernes. Participer à un tel événement est donc pour moi symbolique, c'est une manière de renouer avec une passion que j'avais délaissée et que j'ai retrouvée dernièrement. Êre marraine du concours pour la catégorie « nouvelles libertines » est un très joli clin d'oeil qui réunit ma carrière sulfureuse à mon amour de la littérature. Je suis ravie de cette collaboration.

Quel est votre rapport à la littérature ? Avez-vous le temps de lire ? Un genre ou un auteur de prédilection ?

Intime, passionnel, mais inconstant. J'ai pas mal lu jusqu'à mes vingt ans puis j'ai eu un sentiment de saturation et le travail m'a laissée peu de temps mais j'ai repris le goût de lire assez récemment. Romantisme Noir et Décadence , romans et poésie étaient mes périodes et mes genres de prédilection. Aujourd'hui j'aime me pencher sur des essais en particulier sur la sexualité et la pornographie (qui demeurent des questions centrales pour moi), mais ça ne m'empêche pas de lire des biographies ou les Confessions de sœur Emmanuelle par ex. ou même des contes pour enfants. Je m'intéresse aussi à des ouvrages sur le développement personnel. Après autant d'année sans tourner les pages je constate mes lacunes littéraires, j'ai tant à lire ! Je viens de découvrir Anais Nin, une révélation. En ce moment je lis Henry Miller, Marc Levy, Paul Coelho, Céline.. A suivre, Bataille et Sade et deux ouvrages qu'on m'a recommandés « The Other Hollywood », et « Anasthasia ». En lecture récente je conseille de mon côté « Renaissance mythologique » de Thomas Jamet.

Que pensez-vous de Bernard Pivot ? Vous réjouissez-vous de le rencontrer ?

C'est une figure emblématique de la langue et de la littérature française ! J'ai beaucoup de respect pour son parcours et ce qu'il incarne. J'ai d'ailleurs beaucoup de plaisir à le suivre sur Twitter, il apporte beaucoup de joie et de sagesse au quotidien. Je suis ravie et honorée de le rencontrer et de présenter le Festival Livres en Tête à ses côtés.

Vous avez écrit sur votre blog une nouvelle érotique (Parenthèse érotique). Pour cela vous êtes vous inspirée de la littérature érotique ? Si oui, d’un auteur en particulier?

Je me suis essayée à écrire une première partie qui est actuellement publiée sur mon blog chez Les Inrocks. J'étais censée ne publier qu'un court texte mais je suis bavarde ! Au final me voici avec deux parties qui représentent une introduction car j'ai une suite en tête et d'ailleurs bien plus intense et sulfureuse. Mon blog est dédié à l'univers du porno, j'y propose des articles, anecdotes, interviews autour du monde du X, de la sexualité mais j'étais curieuse de voir si j'étais capable de raconter une histoire et d'embarquer les gens avec moi. Mon inspiration me vient d'un mélange fait de mon expérience, mes souvenirs, mes fantasmes, d' anecdotes lues ou entendues, des films, bref , tout ce qui peut exciter mon esprit et titiller ma libido. Je n'ai en fait découvert la littérature érotique que cet été avec Anais Nin. Quel délice !

Votre nouvelle parle d’une jeune femme qui n’éprouve du plaisir qu’à travers ses « aventures cérébrales ». Le fantasme, en plus d’être une partie intégrante de votre travail, semble avoir une certaine importance dans votre imaginaire. Quelle place lui accordez-vous véritablement ?

Oui j'en suis encore à parler de son plaisir rêvé puisqu'il s'agit en fait pour moi de dresser un portrait d'un personnage que je vais ensuite confronter à la réalisation de ses fantasmes et à l'acte réel. La psychologie de cette femme ses désirs, ses tabous, ses envies sont la clé pour comprendre et ressentir ce qu'elle vivra ensuite. C'est ce qui importe pour moi, partager le ressenti, bien plus que simplement raconter une histoire. L'imaginaire c'est notre libido, c'est notre accès à l'infini et à l'impossible. Il est vital pour moi. Ma sexualité est d'ailleurs bien plus riche et raffinée dans mes rêves que dans mon travail ou mon quotidien !

Vous dites éprouver du plaisir à divertir à travers le X ; éprouvez-vous le même contentement avec la littérature érotique ?

J'ai pour l'instant trop peu lu ou écrit pour vraiment pouvoir comparer porno et littérature érotique mais de manière générale, entre le plaisir de transmettre des sensations à travers l'image pornographique ou la nudité (dans mes spectacles érotiques par exemple), et transmettre de l'émotion à travers les mots je dois avouer que toucher par les mots me procure un plaisir nouveau. Sans doute parce qu'il s'agit ici d'atteindre l'esprit, l'intimité plutôt que de juste interpeller les sens. Et être actrice c'est être limitée par des contraintes physiques. C'est pour cette raison que je veux continuer de m'exprimer dans cette voie littéraire. Elle est inépuisable, intemporelle et se transmet beaucoup plus facilement. En tant que lectrice, elle me permet aussi de m'identifier et vivre de nouvelles aventures érotiques ; j'adore ça mais ça me frustre également. Cela me mène à ma nouvelle quête : faire l'amour avec un homme ...par les mots et pas seulement par le contact physique. Ce serait une parfaite communion, charnelle, intellectuelle, émotionnelle. Un jour viendra...

Que pensez-vous de l’impact des images par rapport à celui des mots ? Quels points communs ? Quelles différences ?

Dans les deux cas nous pouvons avoir quelque chose de fade ou médiocre comme quelque chose de très beau ou « efficace ». L'un n'est pas supérieur à l'autre selon moi mais il interpelle différemment. Il peut y avoir des mots crus et des images érotiques, et inversement ,et il n'y a pas de règle, l'un peut être plus excitant qu'un autre. Ce qui importe est l'art de les utiliser et de savoir quel effet on recherche à un moment donné . Cela nous ramène notre propre intimité, nos tabous, notre histoire personnelle, notre sensibilité. La variété des œuvres et cette possibilité d'avoir autant accès à de la poésie érotique que du porno hardcore (pour citer deux extrêmes) est une bonne chose. Elle répond à une variété, à des envies différentes. Certains seront plus sensibles aux mots qu'à l'image, mais au final tout dépend du contexte et par qui les paroles sont prononcées, ce qui est montré. Un exemple qui me fait sourire : je choque toujours lorsque je dis être une amoureuse des Enluminures médiévales, mais on ne s'étonnera plus d'une vidéo où je me déshabille. La force des mots, de l'image et leur impact, viennent du rapport entre celui qui reçoit l'information et sa propre conception du monde. L'important est d'affiner cette conception , d'aiguiser ses sens et ses connaissances, et c'est là que la culture mais aussi l'expérience ont un rôle.


Propos recueillis par Judicaëlle Moussier
Crédit photo : Matthieu Sonnet

jeudi 26 avril 2012

Interview de Martine Burgos. La lecture à voix haute : enjeux et défis (partie II)


- Aujourd’hui, quels sont les angles d’attaque de votre recherche ?
Aujourd’hui, j’ai envie d’approfondir cette question de la « professionnalisation ». Je me suis surtout intéressée jusqu’à présent au public ; qu’est-ce que le public attend d’une lecture à voix haute, qu’est-ce qu’il en reçoit, qu’est ce qui pousse quelqu’un à aller écouter une lecture... Je pense qu’on commence à comprendre à peu près comment cela fonctionne. Maintenant j’aimerais retourner du côté de ceux qui pratiquent la lecture à voix haute, et voir comment depuis 98 les choses ont changé et quel type de reconnaissance à la fois artistique et professionnelle, institutionnelle, les gens qui font de la lecture à voix haute leur métier attendent et reçoivent. Cela, c’est extrêmement important. L’équipe de Bernhard Engel travaille dans ce sens, ils font des stages de formation, ils s’adressent à des étudiants,… On entre dans une période où la lecture à voix haute peut être reconnue.
Mais il y a quelque chose d’assez symptomatique. Vous savez que, tous les sept ans, on publie les résultats de la grande enquête sur Les Pratiques culturelles des Français, outil absolument indispensable et qui n’existe qu’en France,  on peut en être fier et on espère que ça va durer encore. Dans la dernière enquête publiée en 2009, très focalisée sur le numérique (en quoi la généralisation du numérique et l’introduction de l’informatique dans les foyers ont changé les pratiques culturelles des Français), la lecture à voix haute ne figure pas, alors qu’elle pourrait figurer à la rubrique sorties, sociabilité… Cela veut dire qu’il y a encore du travail à faire. Alors que tout le monde reconnaît, dès qu’on parle avec des professionnels du livre et de la lecture, que c’est une pratique qui s’est diffusée partout dans le corps social, avec des variantes nombreuses. Ce n’est pas un phénomène marginal.
J’aimerais aussi travailler d’avantage sur la pratique elle-même, et notamment toutes les questions autour de la voix. La question de la professionnalisation, je pense qu’elle devrait intéresser les lecteurs.
- Hannah Arendt a écrit : « la société de masse ne veut pas la culture mais les loisirs ». Est-ce que pour vous la lecture à voix haute est une nouvelle manière de faire lire une société désormais habituée à d’autres modes de connaissance et d’information ?
 Cela, c’est très ambivalent. C’est-à-dire que la plupart des gens qui pratiquent la lecture à voix haute ou qui font appel à des lecteurs dans le cadre de leur activité, considèrent que la lecture à voix haute est un moyen d’amener les gens qui écoutent au livre. Il y a donc une contradiction entre le désir de poser la pratique de la lecture à voix haute comme une activité artistique au plein sens du terme et la finalité que les gens assignent à la lecture à voix haute, qui est d’être un médiation vers ce qui réalise véritablement la lecture au sens le plus accompli qui reste, dans nos représentations, la lecture silencieuse, personnelle,… On peut considérer que la lecture à voix haute est une nouvelle manière d’approcher le texte et, au fond, qu’elle renoue avec des traditions très anciennes et qu’on n’a pas à considérer la lecture à voix haute comme le moyen d’autre chose, mais comme une autre manière de prendre connaissance, de s’approprier le texe. Le texte est là, c’est une autre manière de l’aborder , un autre plaisir… On peut aussi, et certains le pensent, considérer la lecture à voix haute comme un moyen qu’on utilise parce que la société dans son ensemble est de moins en moins lectrice, et qu’il faut trouver un moyen d’amener les gens au livre. Si les gens allaient spontanément vers le livre, la lecture à voix haute perdrait, de leur point de vue, beaucoup de son intérêt.
Cependant la lecture à voix haute propose le renouvellement d’un rapport au texte qu’on avait oublié avec l’impérialisme de l’écrit et de la lecture silencieuse. On retrouve d’autres plaisirs. A l’inverse, si la lecture à voix haute permet de réconcilier le lecteur avec des textes, la « vraie » lecture reste quand même cette lecture sur laquelle on a beaucoup écrit, qui est la lecture silencieuse, la lecture de l’intériorité, c’est celle qui a accompagné la montée de l’individualisme, celle qui assure un espace privé, personnel, critique. Sans cette lecture silencieuse, on risque de retomber dans une société où les individus renoncent à leur singularité.
La question reste ouverte. Je pense que les sociétés dites individualistes ont apporté beaucoup en terme de développement démocratique, en permettant, notamment, la constitution de l’espace privé qui va de pair avec la constitution de l’espace public, c’est-à-dire un espace de débat, de réflexion où peuvent dialoguer, voire s’affronter, les points de vue et les systèmes de valeurs, etc… Sur ce point là, je m’inscris tout à fait dans la tradition d’Habermas, mais en même temps, il faut voir que lorsqu’une société fait de l’individu sa valeur centrale, il faut une certaine dose de volonté pour maintenir le lien entre les individus. L’individualisme engendre pas mal de frustrations. Parmi les gens qui participent aux lectures à voix haute, beaucoup expriment le désir de s’arracher à cette solitude qui va souvent de pair, dans nos société, avec l’individualisme.
   Dans mes travaux sur la lecture, j’ai observé que la lecture silencieuse peut générer des souffrances, des angoisses, des incertitudes. Des textes vous mettent face à vos limites, vos incompétences, vos incompréhensions ; on est un peu comme des enfants face au conte qui ouvre sur un monde à la fois merveilleux et effrayant. On a parfois besoin que les autres vous soutiennent dans cette démarche. C’est une remise en question.
   Par conséquent, faire partie d’un public de lecture à voix haute cela peut être aussi le moyen, outre le fait que ce type de lecture facilite l’entrée dans le texte parce qu’elle propose une interprétation, c’est aussi partager avec d’autres ce plaisir rassurant d’écouter un texte. Vous pouvez imaginer que les gens qui font partie du public ont le même besoin que vous. J’avais intitulé le rapport de l’enquête dont j’ai parlé au début de l’entretien : « La lecture à voix haute, un désir de communauté ». Je pense qu’il y a ce désir de reconstituer des liens autour de la lecture, pour ne pas être constamment dans la solitude face à la lecture d’un texte. Il y a aussi l’argument de ne pas se trouver face à une contrainte discursive. Bien souvent, dans le milieu lettré,  les sociabilités de lecture passent par le simple échange de livres mais aussi par le discours. Or, tous les lecteurs ne maîtrisent pas les codes qui permettent de parler de sa propre lecture. Il y faut de l’entraînement, mais aussi trouver d’autres personnes avec qui échanger. Participer à une lecture à voix haute, c’est au fond baigner dans un milieu qui a le même intérêt que vous, sans que cet accord passe par les mots.
 - Selon vous, quel est l'avenir de ce mode de lecture?
Tout va dépendre des praticiens. Ces gens sont, pour la plupart, des militants du livre. Ils ont une connaissance immense du monde de la littérature, ce qui est indispensable si on veut exercer cette activité. En effet, ils lisent devant des publics divers, il faut savoir adapter son programme au public auquel on s’adresse. Lorsqu’on intervient dans un théâtre, une maison des jeunes, une maison de retraite, il faut savoir quel texte lire, choisir son thème, la longueur de l’extrait… Ce sont des gens qui croient dans la littérature, et qui veulent que le livre pénètre dans des espaces, aussi bien géographiques que sociaux, dans lequel il n’a pas droit de cité ou très peu. Si cette fibre continue à vibrer dans ce monde professionnel, je pense que la lecture à voix haute ne sera pas réservée à des gens qui sont déjà des lecteurs. En revanche, si la lecture à voix haute privilégie des théâtres, des lieux institutionnalisés, ils auront le public qui fréquente ce genre de lieux, c’est-à-dire plutôt des représentants des classes moyennes cultivées et urbaines. On peut imaginer que si la lecture à voix haute conquiert son autonomie artistique, il y aura de la lecture à voix haute partout, selon des modalités différentes, avec des objectifs différents, de même que le livre peut véhiculer les valeurs les plus généreuses comme les idées les plus répugnantes. Livré à lui-même, un lecteur, peut devenir nazi ou bienfaiteur de l’humanité, et cela, selon la façon dont il va se construire, en son for intérieur, une problématique propre, à partir de ses lectures. La lecture peut fabriquer dans le coin d’une chambre des monstres que la famille ignore. Encore une fois, si la lecture à voix haute devient une pratique qui s’autonomise, on en trouvera partout, mais je ne pense pas qu’elle se développera au détriment de la lecture silencieuse. Parce que dans la pratique, certains se contentent d’écouter mais la plupart ont envie d’aller y voir par eux-mêmes.
J’ai récemment dîné avec une amie qui marche beaucoup. Au moment de nous quitter, elle remet ses écouteurs dans ses oreilles. J’étais un peu étonnée et lui ai donc confié que je trouvais étrange qu’elle écoute de la musique en marchant. Elle m’a répondu qu’elle n’écoutait pas de la musique mais Proust ! Une de ses amies lui a offert la Recherche du temps perdu en 6 ou 8 CDs, et elle écoutait ce livre en marchant. Elle m’a dit quelque chose de très intéressant : elle avait déjà lu La recherche auparavant, et le fait d’écouter ce texte lui procurait un plaisir extraordinaire alors qu’elle ne le relirait pas. Sa propre lecture a dû certainement l’habiter, participer de la construction de ce qu’elle est, de son rapport au monde. Seulement elle n’a pas envie d’y replonger, à l’évidence, sans doute parce qu’elle ne souhaite pas remettre en question sa propre lecture, celle qu’elle s’est bâtie au fil des années, à mesure que ressurgissaient des fragments, des souvenirs de l’ouvrage. En revanche, elle accepte avec grand plaisir de confronter sa lecture qui est la sienne avec celle proposée par la lecture enregistrée. C’est la première fois que j’entends cela, que la lecture à voix haute se substitue à une relecture qu’on n’a pas envie de faire, par la rencontre avec une autre interprétation, moins personnelle.

   Pour conclure, je pense sincèrement que la lecture à voix haute a de beaux jours devant elle. C’est un champ très ouvert. Entre ce que pratiquait François de Cornière avec ses décors, les musiciens, ses déplacements, et ce que font les Lecteurs sonores, seuls en scène, il y a des différences sensibles qui participent de la richesse de la discipline. 
 Propos recueillis par Cécile Perrette

lundi 23 avril 2012

Interview exclusive de Martine Burgos. Lecture à voix haute : rétrospective d'une préoccupation [partie I]


Martine Burgos est sociologue de la lecture, membre de l'Équipe Fonctions Imaginaires et Sociales des Arts et de la Littérature à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales.


- Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à la lecture à voix haute ?

C’est une demande qui m’a été faite. Cela fait plusieurs années que je travaille comme sociologue de la lecture et, en 1997, une proposition m’a été faite par Françoise Dubosclard qui travaillait à l’Agence régionale pour le Livre en Auvergne et particulièrement d’un projet en partenariat avec les bibliothèques de la région, Littinérance, des rencontres-lectures avec des écrivains contemporains. Françoise Dubsosclard était à l’époque une des premières à s’intéresser à la discipline de la lecture à voix haute. […] Avec ses collègues, elles avaient décidé d’organiser des journées de réflexion autour de la lecture à voix haute en invitant des professionnels intéressés par cette pratique, que ce soient des gens qui étaient lecteurs eux-mêmes -à l’époque il n’y avait pas beaucoup de gens qui se revendiquaient comme tels-, ou des comédiens mais aussi des dramaturges, des musiciens, des éditeurs, enseignants, bibliothécaires, travailleurs sociaux, enfin des gens qui, d’une manière ou d’une autre, participaient à ce type de manifestation.
Pour donner plus de poids à cette démarche, elles avaient lancé une petite enquête sur le public. Elles m’ont contactée et demandé de faire la communication inaugurale de ces journées. J’étais bien embêtée parce que je ne m’y intéressais pas particulièrement à l’époque, j’étais et je suis surtout quelqu’un de l’écrit et, en tant que lectrice je n’étais pas spécialement touchée par la lecture à voix haute. […] Lorsqu’on m’a parlé de cette enquête, je leur ai dit que si elles me fournissaient du matériau avec lequel je puisse travailler comme sociologue, j’étais d’accord. Elles m’ont envoyé les questionnaires à mesure qu’ils étaient remplis. A l’époque, le principal terrain sur lequel elles s’appuyaient était leur expérience de Littinérance. C’était une façon de diffuser et faire connaître dans différents lieux du livre notamment des bibliothèques des auteurs ou des textes qui leur paraissaient intéressants, et cela au moyen de lectures à voix haute. On invitait dans les bibliothèques de la région, dans des villes parfois très petites, des écrivains qui présentaient leur travail et des comédiens lisaient des passages du livre. Les questionnaires ont donc été diffusés auprès des personnes qui participaient à ces rencontres, dans le public. A partir de là, j’ai décidé de faire des entretiens avec des gens qui pratiquaient la lecture à voix haute. J’ai alors découvert un monde que je connaissais de façon marginale, une pratique dont je n’avais pas mesuré l’intérêt à la fois pour le public et les écrivains. Ceux-ci reconnaissaient que c’était une façon pour eux de rencontrer le public, et dans d’autres cadres plus intimes que le celui des salons où on n’a pas le temps d’échanger véritablement avec les lecteurs. Dans ces manifestations, l’échange était plus vrai, plus authentique avec les lecteurs. De leur côté, les comédiens, qui ont l’habitude de la lecture à voix haute puisque la mise en bouche du texte est un moment important de leur travail, reconnaissaient que lire un texte sans l’objectif du jeu théâtral et de la mise en scène établit un rapport au texte très différent qui les intéressait beaucoup. Ils faisaient la différence entre une lecture à voix haute avec comme enjeu l’incarnation d’un personnage et la lecture à voix haute de textes qui ne sont en général pas écrits pour la scène, où la lecture est en elle-même une finalité.

-  Vous ne connaissiez pas de lecteurs à voix haute qui n’étaient pas comédiens ?

 Au début non. J’ai commencé par m’entretenir avec des comédiens. Très vite, ils m’ont parlé de troupes ou d’individus qui pratiquaient la lecture à voix haute de façon spécifique. Le premier dont j’ai entendu parler s’appelait Marc Roger. Il commençait sa carrière. Et puis François de Cornière qui avait une petite troupe basée à Caen et qui sillonnait la Basse Normandie avec ses « Rencontres pour Lire » depuis 1980. Ce sont les premiers avec qui j’ai eu des rapports exclusivement liés à la lecture à voix haute. François de Cornière travaillait déjà depuis plusieurs années sur ce terrain là, Marc Roger commençait à avoir une certaine notoriété. Ils avaient des parcours complètement différents l’un et l’autre. Le premier était poète, le second avait eu une activité professionnelle qui n’avait absolument rien à voir ni avec la littérature, ni avec la lecture publique. Ils pratiquaient aussi des modes de lecture complètement différents. François de Cornière avait une troupe, il pratiquait une lecture à voix haute assez théâtralisée puisqu’il utilisait des décors, des accessoires, faisait appel à un accompagnement musical. Marc Roger quant à lui était seul avec son bouquin. Il intervenait dans des lieux problématiques, l’espace public, et dans des lieux qui n‘étaient pas fait en principe pour ce type de manifestations, alors que François de Cornière montait ses lectures dans des lieux clos, des théâtres, des maisons de la culture, etc… Ça a été un hasard, mais il s’agissait de deux démarches dans lesquelles les protagonistes avaient des pratiques très différentes, je dirais presque qu’ils étaient aux deux bouts des possibles de la lecture à voix haute.

Les premières rencontres (Lire et Dire) ont eu lieu au printemps 1998 au Chambon-sur-Lignon et ces journées ont été pour moi, l’occasion d’une seconde révélation. J’ai été surprise d’abord par la diversité des intervenants, leur enthousiasme et aussi par celui du public, tout aussi divers.  Il y avait là des enseignants, des travailleurs sociaux, des bibliothécaires, des gens qui avaient envie de devenir des lecteurs à voix haute […]. Cette grande diversité a produit une atmosphère extrêmement chaleureuse, favorisé une curiosité mutuelle et permis à beaucoup d’idées de s’exprimer,  d’autant mieux qu’il s’agissait d’une pratique peu institutionnalisée, il n’y avait pas de censure, on avait le sentiment qu’il n’y avait pas d’enjeu de pouvoir. Je veux dire qu’on était en 1998, il y avait un désir de faire reconnaître la pratique comme étant une pratique riche, importante, intéressante, qui pouvait avoir une utilité sociale mais aussi une force artistique. Cependant, comme tous ces gens venaient d’horizons très différents et étaient, par ailleurs, des praticiens d’autres disciplines, il y avait une sorte de désintéressement. Ce qui était très intéressant c’est qu’on voyait déjà s’affirmer le désir de spécifier la lecture à voix haute comme une discipline artistique à part entière.  Beaucoup des débats ont tourné autour de la question : Qu’est-ce qui fait la spécificité de la lecture à voix haute, qui n’est pas le conte, qui n’est pas le théâtre, puisque c’étaient les deux modèles par rapport auxquels la lecture à voix haute souhaitait affirmer sa particularité. Ces débats autour de la singularité, de l’essence même de la lecture à voix haute montraient qu’il était important, et même urgent, de définir les contours de la discipline.

Propos recueillis par Cécile Perrette