jeudi 12 avril 2012

Mystère des aèdes antiques

L'auteur de l'un des textes les plus célèbres au monde, L'Iliade, était aveugle. C'est du moins ce que raconte la légende convoyée au fil des âges par la mémoire humaine. Pourquoi donc la cécité d'Homère - puisque c'est de lui qu'on parle - a-t-elle fait l'objet d'une quasi obsession chez ses commentateurs et la vaste sphère de son public ? L'attribution d'une telle affliction aux aèdes de la littérature grecque antique est courante. Elle est même conçue comme une vertu. Le conteur du récit de Troie, ou d'un autre épisode épique est supposé ''contenir'' le récit en lui comme une outre berce en son sein le doux breuvage. Point d'élégie de la boisson ici, mais petit rappel des banquets antiques dans lesquels se produisaient les aèdes sur fond gastronomique...
   
   Privé de son support matériel, le récit oral s'émancipait alors pour atteindre sous la bouche du poète une intensité orale divinatoire. "Et il allait, silencieux, le long du rivage de la mer aux bruits sans nombre." La métrique grecque, même traduite, laisse imaginer la liberté prise par le lecteur dans l'oralité. Le mystère du récit immémorial, associé à la voix profonde de l'aède, ne pouvait trouver son apogée que dans la prétendue cécité de celui qui semblait regarder au-dedans de lui-même pour conter. 

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