lundi 7 mai 2012

Parce que lire à voix haute n'est pas conter...

On pourrait être tenté un instant d'associer au terme de lecteur à voix haute le synonyme de conteur. En effet, à première vue, l'un comme l'autre prêtent leur voix à un récit destiné à être entendu par un public. La comparaison s'arrête là si l'on entre dans les détails.
   Le rapport au texte est déterminant. Le conteur ne lit pas. Il raconte une histoire sans aucune base écrite, en se servant uniquement de sa mémoire, ses capacités d'improvisation et son imagination. Le lecteur à voix haute quant à lui utilise l'écrit pour aller oralement à la rencontre des auditeurs. Son texte n'est pas une béquille. Il a été choisi, travaillé, manipulé, discriminé même en fonction des passages, de leur cohérence lors de la lecture. Un lecteur à voix haute n'invente pas le texte qu'il lit. Il le sélectionne parmi un patrimoine littéraire et s'attache à la forme de ce qu'il va lire. 
   Son interprétation nécessite une préparation rigoureuse à l'issue de laquelle les variations de ton resteront quasi inchangées. La forme fixe d'un texte écrit oblige le lecteur à trouver une justesse, une pertinence orale dont la fixité doit là aussi garantir une lecture efficace. C'est là toute la difficulté de la discipline. Le lecteur est le garant du sens d'un texte et sa voix doit porter l'intensité des mots.

   Qu'un lecteur conte et qu'un conteur lise, cela paraît donc tout à fait impossible (dans les termes mêmes). A chacun désormais de suivre la voix qui lui paraît la plus douce...

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