Avec la revue Desports, apparue comme un ovni dans les librairies début 2013, Adrien Bosc vient nous rappeler que sport et littérature font plutôt bon ménage... Où l'on réalise que notre tendance à cloisonner les différents champs par snobisme ou ignorance nous font manquer les rencontres les plus enrichissantes.
Inutile de dire que nous sommes emballés, et si avec la soirée Athlettres de cette 5e édition, notre adhésion n'est plus à démontrer, on avait envie d'aller voir plus avant !
Interview donc avec Adrien Bosc, fondateur de la revue Desports.
Quels sont pour vous les liens entre le sport et la
littérature ? Pourquoi désirer faire, ou démontrer, ce(s) lien(s) avec Desports ?
Les liens sont
historiques. Raviver ce lien était une évidence, nous n’apportions pas quelque
chose de nouveau mais souhaitions mettre en lumière ces passerelles, aller
contre le faux antagonisme entre sport et littérature. Nous ne souhaitons rien
démontrer sinon raviver le grand reportage sportif à travers une publication
qui offre plus grande à l’écrit. Nous l’avons signifié dans notre premier
éditorial en citant la phrase de Pasolini dans Les Terrains : « Le sport est un phénomène de civilisation
tellement important qu’il ne devrait être ni ignoré ni négligé par la classe
dirigeante et les intellectuels. Il est vrai que, pour certains, c’est une
attitude plus ou moins inconsciente, mais ce n’est pas une règle».
Ne craignez vous pas qu'à plus ou moins long terme le concept, ou les sujets ne s'émoussent ?
L’expérience nous prouve le contraire. Depuis la parution du
premier numéro, nous sommes agréablement surpris par le nombre de propositions
originales qui nous parviennent. L’écho des deux premiers numéros a également
prouvé qu’il y avait dans ce projet une vraie originalité. Pas du simple fait
sportif, pas non plus une intellectualisation du sport mais un entre-deux
créatif.
Connaissez- vous d'autres magazines ou groupements qui ont
des démarches similaires à celle de Desports ?
Non aucun. So Foot ne traite que du Foot, et l’Equipe est
dans le traitement de l’actualité même si parfois certains sujets dépassent le
simple cadre de l’événement, mais ce n’est pas le rôle premier du quotidien.
Desports est à part.
J'ai lu sur Médiapart que vous souhaitiez abolir "les frontières entre le digne et
le futile" dans cette revue, pouvez-vous m'expliquer ?
Tout est dans la citation de Pasolini que j’évoquais. Il ne
faut pas mépriser en intellectuel le fait sportif. Nous montrons justement que
traiter uniquement du sport ne nous cantonne pas à proposer un magazine
sportif. C’est finalement un moyen de raconter le monde, et à partir d’un sujet
précis nous élargissons. Cette frontière, nous l’avons aboli également dans la
forme, en éditant une revue qui s’apparente à un « petit beau-livre »
cartonné, partant du principe qu’au domaine considéré comme le plus futile nous
allions proposer un format élégant, une sorte d’almanach.
Quel public visez-vous ?
Nous ne visons pas de public, cloisonner en catégorie ne
nous ressemble pas. Nous voulons justement élargir le plus possible. Et nous
nous réjouissons justement des nombreux commentaires que nous avons reçu qui
peuvent se résumer ainsi : je n’aime pas le sport mais là ça me plait.
Nous ne voulons exclure personne.
Vous rejetez me semble t-il la dénomination
"mook" mais pourquoi avoir choisi ce format pour vos revues ?
Nous n’aimons pas le terme parce qu’il a été revendiqué a
posteriori par des revues qui souhaitaient prendre la roue d’un mouvement
d’ensemble, sans avoir réfléchi vraiment à ce qu’ils pouvaient proposer de
nouveau. Le format n’est pas nouveau, c’est simplement une transposition d’une
longue tradition anglo-saxonne comme Le Believer ou Granta. Rien de nouveau sous
le soleil.
"Nous montrons justement que traiter uniquement du sport ne nous cantonne pas à proposer un magazine sportif. C’est finalement un moyen de raconter le monde, et à partir d’un sujet précis nous élargissons."
Comment choisissez-vous les auteurs qui interviennent dans
Desports ? Certains interviendront- ils de façon régulière ?
Oui il y a des collaborateurs réguliers comme Bernard
Chambaz, Louis Dumoulin, Fabienne Lesage, Danielle Orhan, Pierre-Louis Basse,
Maylis de Kerangal, etc. Après nous recevons beaucoup de propositions, nous les
étudions et les intégrons parfois. Dans le prochain numéro, à paraître début
janvier, vous pourrez lire un reportage passionnant d’Elisa Mignot sur le
devenir des installations olympiques de J.O d’hiver de Sarajevo en 1984, avant,
pendant et après le siège.
Vous êtes également le fondateur de la revue Feuilleton, à
quel point ces deux magazines sont-ils différents, outre les thèmes abordés
?
Feuilleton aborde tous les sujets avec comme ligne
éditoriale la traduction des grands reportages étrangers inédits, ces longs
formats qu’aucun magazine ne peut actuellement accueillir. Formellement,
Feuilleton est trimestriel, a un format broché, coûte 15 euros.
Avez vous d'autres projets, avec ou sans Desports et
Feuilleton ?
Nous publions plusieurs livres en 2014 dans la droite ligne
des revues. Une collection « Feuilleton Fiction » avec la traduction
de L’Alphabet de flammes de Ben
Marcus en février 2014. Une collection « Non Fiction » avec en mars
l’anthologie des meilleurs reportages du père du « nouveau
journalisme » Gay Talese. L’anthologie s’intitule Sinatra a un rhume. Enfin, en avril, un petit livre d’actualité
autour de la coupe du monde de football.
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